5 février 2026

En décembre 2025, la République Démocratique du Congo avait signé un Accord de collaboration avec le Gouvernement américain aux fins d’établir un cadre de coopération renforcée dans les domaines de la sécurité, de l’énergie, des minerais critiques, des infrastructures et de la gouvernance. Ce partenariat qui vise à soutenir la paix, la stabilité et le développement économique durable identifie clairement les domaines suivants de coopération :

  • Énergie : Développement de projets énergétiques, y compris les énergies renouvelables, pour améliorer l’accès à l’électricité.
  • Infrastructures: Investissements dans les routes, ports et réseaux de communication pour stimuler le commerce et l’intégration régionale.
  • Sécurité : Coopération militaire et policière pour lutter contre les groupes armés et renforcer la stabilité.
  • Industrialisation : Soutien à la transformation locale des matières premières afin de créer de la valeur ajoutée et des emplois.
  • Minerais critiques: Collaboration pour exploiter et sécuriser les ressources minières (cobalt, lithium, cuivre), essentielles aux technologies modernes.

Contrat Entre la RDC et les USA sur les minerais strategiques/2025, un Dispositif Institutionnel et Logistique Ambitieux

L’accord repose sur une structure de gouvernance paritaire, avec un Comité Mixte de Suivi (JSC) composé de 10 officiels. L’enjeu central est la réorientation des flux vers le Corridor de Sakania-Lobito. D’ici 5 ans, les objectifs d’exportation via ce rail sont clairs :

  • 50 % des volumes de cuivre.
  • 90 % des concentrés de zinc.
  • 30 % du cobalt.

Le Défi de la Cohabitation et de la « Revisitation » des Contrats

La matérialisation de cet accord pourrait aider la RDC à bénéficier d’investissements et d’un soutien institutionnel tout comme les États-Unis d’Amérique de sécuriser leurs approvisionnements stratégiques et renforcer leur présence en Afrique. Cependant, il sied de noter qu’au-delà d’un simple accord commercial, ce texte pose les jalons d’une transformation industrielle et d’une sécurisation des chaînes d’approvisionnement mondiales via le Corridor de Lobito. Alors qu’une rencontre déterminante se profile à Washington cette semaine du 2 au 6 février 2026, une question de fond demeure : comment honorer ces nouveaux engagements dans un secteur où d’importants gisements documentés et jugés les plus rentables sont concédés. L’expérience d’entrée des investisseurs dans le secteur minier congolais montre que nombreux sont ceux qui choisissent d’investir directement dans les gisements documentés à travers les achats de parts sociales ou d’actifs miniers, l’amodiation des droits miniers ou encore la création de coentreprises avec les entreprises du portefeuille de l’Etat. Ceci est dû au fait que nombreux craignent perdre le temps et les ressources sur des programmes d’exploration géologique, parfois non concluants.

Voilà pourquoi, ACADHOSHA reste convaincue que la GECAMINES SA (Générale des Carrières et des Mines), principale entreprise du portefeuille de l’Etat disposant des actifs miniers, devrait jouer un rôle important dans la mise en œuvre de ce partenariat. A la date du 31 décembre 2024, la GECAMINES SA disposait de 100 Permis d’Exploitation (PE), 9 Permis d’Exploitation des Rejets (PER), 8 Autorisations d’Exploitation des Carrières Permanentes (AECP) et 1 Autorisations de Recherche de Produits des Carrières (ARPC).[1]

En dépit de ce potentiel de la GECAMINES SA, l’on ne devrait pas perdre de vue que la société entretient déjà plusieurs partenariats miniers[2], mais aussi fait face à un sérieux problème de prospection géologique et qui constitue pourtant la pierre angulaire de son développement à long terme. La GECAMINES SA est victime depuis plusieurs années de la recrudescence des intrusions récurrentes, à la fois des exploitants artisanaux clandestins et des opérateurs semi-industriels équipés d’engins miniers, qui opèrent sur bon nombre de ses permis d’exploitation, parfois avec la protection de certains éléments indisciplinés des forces de l’ordre armées.[3]

Considérant ces éléments combinés, ACADHOSHA anticipe deux principaux scénarii suivants : (i) la RDC poussée à lancer la renégociation des contrats et (ii) la RDC vas à l’encontre du Code minier en matière d’octroi des gisements documentés.

1.  La RDC poussée à lancer la renégociation des contrats

La course vers les minéraux de transition bouleverse de plus en plus le comportement diplomatique de plusieurs Etats et affecte même l’ordre économique international. Les règles régissant le commercial International, principalement le respect des droits acquis et de la loyauté de la concurrence risquent d’en pâtir jusqu’à faire prévaloir la loi du plus fort dans cette compétition géostratégique. Ainsi, la RDC risquera d’être poussée à lancer le processus de renégociation de certains contrats miniers portant sur les gisements économiquement très rentables et juteux. La rencontre stratégique prévue à Washington cette semaine sur les minéraux critiques sera un indicateur clé. Plusieurs experts du secteur extractifs déconseillent cette décision si jamais tous les paramètres n’ont pas été sagement évalués. C’est le cas des facteurs politiques, économiques, juridiques voire géostratégiques.

ACADHOSHA trouve que la position suivante de la Coordination des Actions de Plaidoyer de la Société Civile pour la Gouvernance des Ressources Naturelles de novembre 2021 reste toujours d’actualité :

‘‘La réussite de la renégociation des contrats miniers en RDC et sa profitabilité à l’Etat congolais, aux entreprises du portefeuille, aux populations congolaises et aux investisseurs dépendent largement de la clarté des objectifs, des résultats attendus, des critères de renégociation, des approches méthodologiques, du degré de transparence et d’objectivité et de la qualité des personnes chargées de conduire ce processus.’’

Parallèlement à cet éventuel scénario, ACADHOSHA asbl encourage l’engagement de la Gécamines de renouveler continuellement les réserves exploitables tout en renforçant la maîtrise du sous-sol, avec comme premier palier de cette campagne, la mise à jour de 17 millions de tonnes de cuivre et 2 millions de tonnes de cobalt pour un niveau d’investissement de 465 millions USD.

2.  La RDC vas à l’encontre du Code minier en matière d’octroi des gisements documentés

Le Code organise la soumission exceptionnelle à un appel d’offres de certains gisements des substances minérales classées en mines et carrières. Il s’agit des gisements étudiés, documentés ou éventuellement travaillés par l’Etat ou par ses organismes considérés comme un actif d’une valeur importante connue.[4] Ainsi, le législateur congolais a prévu que le Gouvernement, par le truchement du ministre, soumet à l’appel d’offres, ouvert ou restreint, les droits miniers et de carrières portant sur tout gisement étudié, documenté ou éventuellement travaillé par l’Etat, à travers ses services.[5] Dans ce cas, le ministre réserve, par arrêté, les droits miniers sur le gisement à soumettre à l’appel d’offres. Avant de réserver des autorisations des carrières pour l’appel d’offres, le ministre consulte le ministre provincial des mines et la communauté locale concernée dans le cadre d’une commission de consultation dont les modalités sont fixées par voie réglementaire.

Considérant que plusieurs titres miniers que la GECAMINES pourrait proposer au gouvernement congolais dans le cadre du partenariat avec les USA risquent d’être d’une valeur importante connue car étudiés, documentés ou éventuellement travaillés par l’Etat ou par ses organismes, ACADHOSHA estime qu’il est de bon droit que les appels d’offres soient lancés. Toutefois, devant l’équilibre de force entre les deux partenaires, il n’est pas exclu que la RDC passe outre cette exigence légale.

Tout compte fait, le secret de réussite de ce partenariat réside sur le niveau de consultation large des parties prenantes, mais aussi de transparence des informations.


[1] Gécamines, Etats financiers 2024, p 20. Disponibles sur le lien suivant : https://gecamines.cd/rapport/

[2] Boss Mining (BM SAS), Tenke Fungurume Mining (TFM SA), Kipushi Corporation (KICO), Minière de Kalumbwe Myunga (MKM), Compagnie Minière de Kambove (COMIKA), Sino-Congolaise des Mines (SICOMINES), Société Minière de Deziwa (SOMIDEZ), Grande Cimenterie du Katanga (GCK), Zijin Musonoïe Mining (Ex-COMMUS), Société de Traitement du Terril de Lubumbashi (STL), Kamoto Copper Company (KCC) et Sino-Congolaise Hydroélectrique (Sicohydro).

[3] Gécamines, Rapport de gestion 2024, p 30

[4] Exposé des motifs de la Loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant Code minier telle que modifiée et complétée par la Loi n° 18/001 du 09 mars 2018 (Textes coordonnés)

[5] Article 33 de la la Loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant Code minier telle que modifiée et complétée par la Loi n° 18/001 du 09 mars 2018 (Textes coordonnés)

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